11.06.2014 - 12.07.2014
Sérieux Solides : Josée Aubin Ouellette, Alexis Desgagnés, Jon Knowles.
Un projet de Guillaume Adjutor Provost
Galerie I, Axenéo7, Gatineau.

Un empilement de poutres au sol, un accrochage de dessins au mur, quelques photographies sur une petite console qui recèle une série d’objets en céramique, une plaque de cuivre…Tous ces éléments constituent une sorte d’action installative, de la part de Guillaume Adjutor Provost, basée sur les processus commissariaux : une sorte de jeu d’œuvres dont les reflets les unes sur les autres les éclairent mutuellement d’une lumière nostalgique.

Les poutres sont les répliques à l’échelle des supports architectoniques de l’atelier de Jon Knowles. Annoncent-elles une ruine ou une construction ? S’inscrivent-elles dans la réminiscence ou dans le projet ? Par leur accumulation, leur présentation au sol constitue l’image de l’instant figé, la saisie du temps : cette éternité éphémère du moment où l’ambigüité nous ravit.

En regard, les dessins de Guillaume Adjutor Provost évoquent les plans du bâtisseur. Ils établissent pour le spectateur déambulateur l’image projetée à travers laquelle il est invité à reconstruire l’architecture poétique de l’ensemble. Mais en même temps, les lignes sur le papier effacent l’image, la détournent et la dispersent. Ainsi s’en retourne aux décombres, tel le chef-d’œuvre inconnu, l’idée même de l’ébauche.

Les photographies d’Alexis Desgagnés aussi nous laissent flairer la piste d’une histoire. Les manipuler, c’est sans doute, dans notre imaginaire, retracer un parcours, refaire une vie. Mais, tel un tarot, elles peuvent être une forme d’oracle que seule notre intuition saura entendre.

Dans le bureau, les objets domestiques, façonnés dans la terre par Josée Aubin-Ouellette, ne sont que l’écho des mots auxquels ils renvoient. Du référent au référé, l’aller-retour incessant instaure le processus anaphorique qui induit le mouvement de sens dans sa patuité, son éclat fragile, sa vibration.

Sur le mur une plaque de cuivre nous permet un regard en arrière, un coup d’œil sur le monde « réel », sur la présence du présent. Pourtant le reflet qu’elle renvoie est flou, ou terne, comme les miroirs de métal poli de l’Antiquité. L’ambiguïté de l’image reste flottante : « hover through the fog », comme le disent si bien les sorcières de Shakespeare.

La reconstruction est le jeu de l’artiste. Il met en action une série de rebondissements, comme un coup au billard, qui opère un nouveau contexte, une réitération des œuvres qui se répercute dans le spectateur comme un rai de lumière sur un bout de mur.

Texte : François Chalifour
Crédits photo : Karina Pawlikowski

Oeuvres exposées

Josée Aubin Ouellette
[La circulation des fluides et autres échanges], 2014
Énoncés (imprimés dans le plan de la galerie)
Céramiques conservées sous clé dans un bureau de contremaître.

...

transféré d’une bouteille à une autre
réchauffé près d’une fenêtre
porté aux lèvres par quelqu’un d’autre
sur le dos
conservé dans un endroit sombre et frais
directement du robinet
goutte-à-goutte
filtré
gargarisé et craché dans une tasse
confondus avec du parfum
d’un verre qui déborde
impropre mais sanitaire
d’une forme inhabituelle
d’une source partagée
saupoudré sur la langue
récolté à même les fleurs
versé dans un entonnoir
partagé entre trois bouches
tempéré dans la bouche de quelqu’un d’autre
de la coquille d’une palourde
dégoutant d’une éponge saturée
recueilli dans une baignoire
remué
léché d’une soucoupe
mangé plutôt que bu
depuis un tuyau à doubles embouts
extrait par succion d’un coquillage
d’une pipe qui a touchée plusieurs bouches
à l’intérieur d’un moulage
le volume approximatif d’un jaune d’œuf

...

Alexis Desgagnés
La patience, 2014
Épreuves argentiques lancées au sol.
20.3 cm x 25.4 cm
Édition de 54

Jon Knowles
The Tenant, 2012
Mdf, peinture époxyde, corde, acier
11 fausses poutres en « I » tirées des ateliers de la Fonderie Darling,
juxtaposées à un ensemble de fossiles de prasopora bryozoa.

Guillaume Adjutor Provost
Fini le niaisage, 2014

Encre soluble sur papier
48.3 cm x 37 cm

Parachute, 2014

Graphite sur papier
48 cm x 38 cm

Insomnie, 2014

Encre sur papier
25.4 cm x 20.4 cm

Sans titre, 2014

Encre sur papier
64.1 cm x 48.1 cm

08.08.08., 2014

Encre hectographique sur papier
23 cm x 19 cm

Oriental street name, 2014

Encre hectographique et graphite sur papier
30 cm x 25 cm

The Hills of Dreams, 2014

Encre hectographique et encre sur papier
35.5 cm x 26.6 cm

Sans titre, 2014

Graphite sur papier
48 cm x 38 cm

Sans titre, 2014
Miroir en cuivre, support à moniteur
24.5 cm x 20.3 cm